mardi 16 juin 2009


amazighConvertie au christianisme, la famille de Jean Amrouche s'installe à Tunis. Après de brillantes études secondaires, Jean Amrouche entre à l'École normale de Saint-Cloud. Il est ensuite professeur de Lettres dans les lycées de Sousse, Bône et Tunis, où il se lie avec le poète Armand Guibert, et publie ses premiers poèmes en 1934 et 1937. Pendant la Seconde Guerre, il rencontre André Gide à Tunis, et rejoint les milieux gaullistes à Alger.
Jean Amrouche est, de février 1944 à février 1945, à Alger, puis de 1945 à juin 1947 à Paris, le directeur de la revue L'Arche, éditée par Edmond Charlot, qui publie les grands noms de la littérature française (Antonin Artaud, Maurice Blanchot, Henri Bosco, Joë Bousquet, Roger Caillois, Albert Camus, René Char, Jean Cocteau, André Gide, Julien Green, Pierre Jean Jouve, Jean Lescure, Henri Michaux, Jean Paulhan, Francis Ponge …).
Jean Amrouche réalise simultanément de très nombreuses émissions littéraires, sur Tunis-R.T.T. (1938-1939), Radio France Alger (1943-1944), et surtout Radio France Paris (1944-1958), dans lesquelles il invite philosophes (Gaston Bachelard, Roland Barthes, Maurice Merleau-Ponty, Edgar Morin, Jean Starobinski, Jean Wahl), poètes ou romanciers (Claude Aveline, Georges-Emmanuel Clancier, Pierre Emmanuel, Max-Pol Fouchet, Jean Lescure, Kateb Yacine) et peintres (Charles Lapicque).
Il est l'inventeur d'un genre radiophonique nouveau dans la série de ses entretiens, notamment ses 34 Entretiens avec André Gide(1949), 42 Entretiens avec Paul Claudel (1951), 40 Entretiens avec François Mauriac (1952-1953), 12 Entretiens avec Giuseppe Ungaretti(1955-1956).
Après avoir été mis à la porte de Radio France par le Premier ministre de l'époque, alors qu'il sert d'intermédiaire entre les instances du Front de libération nationale algérien et le général de Gaulle dont il est un interlocuteur privilégié, Jean Amrouche ne cesse à la radio suisse, Lausanne et Genève, de plaider de 1958 à 1961 la cause algérienne. Il meurt d'un cancer quelques semaines après l'accord du cessez-le-feu.
Jean Amrouche a tenu de 1928 à 1961 un journal qui demeure inédit.
Une part de son œuvre encore non publiée se découvre progressivement, révélant un poète de portée universelle. En exprimant en français les Chants berbères de Kabylie, il en fait un trésor de la poésie universelle.

Jugements [modifier]
"L'œuvre poétique de Jean Amrouche ne vaut pas par son abondance : elle s'arrête pratiquement en 1937 alors que le poète vivra jusqu'en 1962. La majeure partie de sa vie est consacrée au déchiffrement du monde et à la recherche du territoire natal (Chants berbères de Kabylie, 1939), au questionnement du travail intellectuel (ses entretiens avec J. Giono, F. Mauriac, P. Claudel, A. Gide, G. Ungaretti) et au combat politique (ses interventions dans la presse écrite et à la radio). (…) La figure de l'Absent, au départ imprécise et mystérieuse, s'impose peu à peu et resplendit dans sa pureté et sa grandeur. Elle devient présence obsessionnelle. Mais elle n'est pas l'unique. (…) Présence douloureuse de l'enfance et de l'espace natal doublement perdu (par la distance et par la foi) - qu'on se rappelle dans Cendres ce poème sur la mort dédié aux tombes ancestrales qui ne m'abriteront pas, présence du corps jubilant et des fruits terrestres apaisants. (…) L'inspiration de Jean Amrouche est avant tout mystique, d'un mysticisme qui transcende la religion pour créer ses religions propres : celle de l'amour éperdu, celle de la contemplation cosmique, celle de l'harmonie des éléments. S'éloignant de l'ascétisme religieux, le verbe de Jean Amrouche éclate en des poèmes opulents, gorgés de ciels, de sèves, d'orages, de fruits et de femmes."
Tahar Djaout, Amrouche, Etoile secrète ,L'enfance de l'homme et du monde, dans Algérie Actualité n° 921, Alger, 9-15 juin 1983, p. 21
« Les enregistrements des entretiens de ce véritable créateur du genre qu'est Amrouche avec Gide, puis avec Claudel, Mauriac, Ungaretti sont des œuvres dont l'histoire de la littérature ne se passera qu'avec dommage, et dont la perte serait aussi grave que celle du manuscrit des Caves du Vatican, de Protée, de Génitrix, ou de l'Allegria. (…) Ce qui est bouleversant ici et à jamais digne de l'attention des hommes, ce sont précisément les voix humaines, en leur origine même, à ce point où elles ne sont pas encore distinctes des mots qu'elles prononcent. Ce sont les soupirs traqués de Gide devant l'impitoyable question que lui inflige Amrouche, ce sont les roulements massifs de Claudel, les essoufflements torturés d'Ungaretti, les murmures difficiles de Mauriac. Et neuf fois sur dix Amrouche trouve la question qui contraint son interlocuteur à faire aveu de lui-même, et à renoncer à se protéger du masque que l'existence mondaine a autorisé sa voix à se former. »
Jean Lescure, Radio et Littérature, dans Histoire des littératures, tome 3, sous la direction de Raymond Queneau, Encyclopédie de la Pléiade, Paris, Gallimard, 1963, p. 1711

Citations [modifier]
« La France est l'ame de mon esprit, et l'Algérie l'esprit de mon âme.»
« L'homme ne peut vivre s'il ne s'accepte tel qu'il est,s'il ne se sent pas accepté par la société ou il vit, s'il ne peut avouer son nom. »

Bibliographie sélective [modifier]

Poésie [modifier]
Cendres, poèmes (1928-1934). 1re édition, Tunis, Mirages, 1934. 2e édition, Paris, L'Harmattan, présentation de Ammar Hamdani, 1983
Étoile secrète. 1re édition, Tunis, "Cahiers de barbarie", 1937. 2e édition, Paris, L'Harmatan, présentation de Ammar Hamdani, 1983
Chants berbères de Kabylie. 1re édition, Tunis, Monomotapa, 1939. 2e édition, Paris, collection "Poésie et théâtre", dirigée par Albert Camus, Editions Edmond Charlot, 1947. 3e édition, Paris, L'Harmattan, préface de Henry Bauchau, 1986. 4e édition (édition bilingue), Paris, L'Harmattan, préface de Mouloud Mammeri, textes réunis, transcrits et annotés par Tassadit Yacine, 1989
Tunisie de la grâce, gravures de Charles Meystre, impression et typographie de Henri Chabloz à Rénens (Suisse), tirage limité, 1960. Republié dans la revue Études méditerranéennes, n° 9, Paris, mai 1961
Les poèmes Ébauche d'un chant de guerre (à la mémoire de Larbi Ben M'hidi, mort en prison le 4 mars 1957) et Le combat algérien (écrit en juin 1958), publiés en revues, ont été repris dans Espoir et Parole, poèmes algériens recueillis par Denise Barrat, Paris, Pierre Seghers éditeur, 1963

Essai [modifier]
L'éternel Jugurtha, dans L'Arche, n°13, Paris, 1946

Entretiens [modifier]
Giuseppe Ungaretti / Jean Amrouche, Propos improvisés (texte mis au point par Philippe Jaccottet, Paris, Gallimard, 1972
Entretiens avec Paul Claudel, 10 cassettes, Editions du Rocher, 1986
Extraits des Entretiens Gide / Amrouche in Eric Marty, André Gide, qui êtes-vous?, Lyon, La Manufacture, 1987
Jean Giono, Entretiens avec Jean Amrouche et Taos Amrouche, Paris, Gallimard, 1990
Pierre-Marie Héron, Les écrivains à la radio: les entretiens de Jean Amrouche, Montpellier, Université Paul Valéry, 2000
André Gide Vol. 1. Les jeunes années. Entretiens avec Jean Amrouche André Gide Vol. 2. Les années de maturité. Entretiens avec Jean Amrouche. À écouter en intégralité.

Sur Jean Amrouche [modifier]
Jean Déjeux, Bibliographie méthodique et critique de la littérature algérienne de langue française 1945-1977, SNED, Alger, 1979.
Jean Déjeux, Dictionnaire des auteurs maghrébins de langue française, Paris, Editions Karthala, 1984 (ISBN 2-86537-085-2).
Jean Amrouche, l'éternel Jugurtha, Rencontres méditerranéennes de Provence, 1985, Marseille, Jeanne Lafitte, 1987
Jean-Louis Joubert, Jean Amrouche, dans Dictionnaire de Poésie de Baudelaire à nos jours, sous la direction de Michel Jarrety, Paris, Presses Universitaires de france, 2001 (ISBN 2130509401)
Réjane Le Baut, Jean El-Mouhoub Amrouche, Algérien universel, biographie, [avec une bibliographie de L'œuvre écrite publiée, de L'œuvre parlée éditée et l' Analyse et inventaire des inédits], Alteredit, 2003 (ISBN 2846330522)
Colloque "Jean Amrouche et le pluralisme culturel" 31 janvier-1er février 2003, Paris - IHESS - Revue AWAL n° 30, décembre 2004.
Réjane Le Baut, "Jean El-Mouhoub Amrouche, Algérien universel" 2e édition Alteredit, mars 2006 [ISBN 2-84533-095-6]
Réjane Le Baut, "Jean El-Mouhoub Amrouche, Muthe et réalité"; éditions du Tell, 3 rue des Frères Torki - 09000 Blida - Algérie - août 2005 - 400 DA.

Autour de Jean Amrouche [modifier]
Fadhma Aït Mansour Amrouche [sa mère], Histoire de ma vie, 1968; Paris, François Maspero, 1972
Taos Amrouche [sa sœur], Moisson de l'exil, I, Jacinthe noire. 1re édition, Paris, Edmond Charlot, 1947; réédition, Paris, Maspero. Moisson de l'exil, II, Rue des Tambourins, Paris, La Table Ronde, 1960. L'amant imaginaire, Nouvelle société Morel, 1975

Notes [modifier]
Il ne fut déclaré à l'état civil que 7 jours plus tard soit le 13 Février 1906, à cause du temps neigeux, dans le versant Nord de la vallée de la Soummam, dans l'un des villages kabyles de la commune d'Ighil Ali

Lien interne [modifier]
Littérature algérienne

Liens externes [modifier]
[1] Site dédié à Jean El Mouhouv Amrouche.
[2] Articles sur Jean Amrouche, images et poèmes.
[3] Site Internet du village natal de Jean El Mouhouv Amrouche.

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